L’envie de voir renaître le Liban

Il y a dans ce coin de Paradis terrestre un engrenage infernal qui dure depuis des décennies. Un chemin sinueux, jalonné de corruption, de mauvaises herbes, de conflits, de mines et de fanatisme, chemin que le Libanais peine à emprunter. Des générations qui se succèdent essaient de dépolluer l’atmosphère, d’emplir leurs poumons de cet air revigorant mais raréfié, d’une valeur inestimable qu’on appelle liberté.
Voici un premier constat. En voulez-vous d’autres ? Depuis quelques heures, les sifflements suivis d’explosions et de lumières aveuglantes emplissent les cieux, les oreilles, les yeux et les cœurs. Mais ces bruits n’ont pas toujours été synonymes de joie, et ces lumières preuve de soulagement. Ces manifestations ont le plus souvent traduit des massacres au nom d’un Dieu, d’une terre, d’un droit ou d’un passé qu’on imagine ressuscité.
Toi qui te dis descendant des Phéniciens, retrouves-tu en toi cette grandeur,cette richesse morale, ce courage, cette soif de découverte qui ont fait surmonter a nos ancêtres les flots et dompter les vagues ? moi, en toi, je ne vois qu’un Sunnite, un Chiite, un Druze, un Chrétien Maronite ou Orthodoxe, assoiffé de vengeance et de pouvoir, fanatique jusque dans la moelle, intolérant, ignorant la beauté d’une couleur qu’on exècre pour des motifs partisans.
Je vois, je découvre et j’écris, épanchant par chaque mot ma déception, ma douleur que dégorge l’encre de mon stylo.
Cette encre qui coule, donnant vie à toutes mes pensées est un élixir enivrant. Ce n’est pourtant ni le sang d’un martyr, ni les larmes qui ont coulé suite a la mort d’un être cher.
Le sang sèche sur le goudron, les larmes cessent forcément de couler. Mon encre, elle, est éternelle ; car l’envie de voir renaître le Liban ne peut pas mourir. Je vivrai dans l’espoir de voir le Phoenix renaître de ses cendres.
Achkar Ghina.
I want to see Lebanon reborn.
For far too long now this corner of paradise has been going down the
wrong path. A path fraught with corruption, conflict, landmines and
fanaticism. This path is one that we, proud Lebanese, don’t want to be
on. Generation after generation has been trying to clean the air, to
fill their lungs with that invigorating -but all too rare- oxygen
called freedom.
That is a fact. Want some more? The whistling which precedes explosions
and blinding light has brightened the sky as well as hearts. But these
noises haven’t always meant joy, and these lights haven’t always meant
comfort. More often than not, they’ve meant killing in the name of a
God, land, justice or a resuscitated past.
You who call yourself a descendant of the Phoenicians, do you see in
yourself the glory, the principles, the courage, the thirst for
discovery which led our ancestors to conquer the sea? All I see is
a Sunni, a Shi’ite, a Druze, a Maronite or Greek Orthodox Christian,
thirsting for vengeance and power, fanatical to the bone, intolerant,
ignorant of the beauty of colors that you hate with a partisan fury.
I learn, I feel and I write away the pain that is spelled out by the
ink of my pen, every word displaying my disappointment.
This ink that brings my ideas to life is an inebriating elixir. It is
neither the blood of a martyr, nor the tears wept after the loss of a
loved one. Earth absorbs blood, and crying dies out. But my ink is
immortal, because the desire to see Lebanon reborn cannot die. I will
lead my life in the hope of seeing the Phoenix rise from its ashes.
Translated by Philippe Boutros
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