Les loyaux gardiens du peuple

Publié le par Edwina Khayat

Ces hommes que beaucoup d’entre nous saluaient avec fierté il y a quelques années, d’un salut militaire auquel ils nous répondaient toujours avec un sourire. Ceux qui, contrairement aux députés, politiciens et beaux parleurs, sont là pour défendre physiquement les intérêts et droits du libanais ou de la libanaise. Je ne sais plus ce qui leur valait ce salut, je ne sais vraiment plus.

Cette année, l’homme que je salue tous les matins, c’est M. M est le gardien de l’immeuble où je vis. C’est un homme employé par une compagnie privée pour surveiller l’entrée. M est souriant, poli et très enthousiaste. Il est là toute la journée. Je ne sais pas comment s’appelle le gardien du soir, il est moins souriant mais ne lui en voulons pas, ses heures de travail ne sont pas des plus agréables.

Ces hommes qui sont supposés protéger le citoyen libanais, où sont-ils ? Oui, je parle d’eux, darak, jeich, amn-el ‘am. Oui, lui qui se met au centre du carrefour, entre les feux de circulation récemment installés relégués maintenant au rang de décoration puisque lui est là. Lui qui fait plus de mal que de bien à la circulation, lui qui ignore le taxi arrêté au beau milieu de la route, celle qui jette le papier de son sandwich par la fenêtre.

Eux, qui inondent les rues branchées les soirs de fin de semaine, « prévention à la conduite sous influence », et chaque coin d’artère principale « opération antidrogues ». Eux qui ne font qu’arrêter un jeune homme pour lui dire qu’il a l’air doux comme sa Saab jusqu'à ce que son ami en voiture ayant une plaque diplomatique se gare à côté pour s’enquérir du problème. Ils le laissent alors partir en lui disant de faire bien attention à sa voiture ‘na3oumeh’ et aux jeunes filles avec lui.

Lui, qui a ignoré la femme dont la voiture s’est fait heurter 2 fois par le même homme en moins d’une minute d’intervalle, et qui l’à regardé s’éloigner rapidement en haussant les épaules.

Lui, lui et son grand fusil, spécialement positionnés par la municipalité du village à l’ occasion de la fête annuelle pour éviter les problèmes, ignorant les appels d’une jeune femme pour invasion de sa propriété privée.

Et finalement, le plus vicieux, celui qui siffle les jeunes femmes marchant seules dans la rue après la tombée de la nuit. Elle, qui serait déjà assez insécurisée, marchant seule dans des ruelles mal éclairées, Elle qui aurait peut-être voulu demander au policier de garder un œil sur elle jusqu'à ce qu’elle rentre saine et sauve dans son immeuble. Elle, contrainte alors de marcher plus vite, de crainte que les remarques irrespectueuses de cet homme qui s’est donné une position d’autorité ne s’accentuent.

Elle qui sait maintenant avec certitude que cet homme ne lui viendrait jamais en aide, s’efforce de rentrer chez elle le plus rapidement possible, devinant qu’il ‘garde un œil sur elle’ mais pour une toute autre raison que celle qu’elle aurait espéré

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